Les enjeux de l’Art-thérapie

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Art-thérapie : Les enjeux

Tous les êtres humains cherchent à être heureux. Or ce bonheur passe par l’autonomie et l’indépendance des personnes. C’est ainsi que tout naturellement le maintien, le développement et l’épanouissement de la nature humaine amènent à nous intéresser au fonctionnement du corps humain telle que la biologie peut nous les enseigner. C’est ainsi que le bon fonctionnement de l’ensemble des mécanismes humains va déterminer la bonne santé. Cependant nous devons observer que cette bonne santé, si elle permet d’avoir les conditions de l’autonomie, est nécessaire mais pas suffisante pour accéder au bonheur. Nous allons donc distinguer la bonne santé du bien être et essayer de mettre en évidence d’abord l’importance de l’Art dans et pour le bien être des personnes et ensuite le lien naturel qui existe entre le bien être et la bonne santé. Ainsi l’Art permettra d’accéder à la santé des personnes et d’interférer sur la qualité de celle-ci grâce à la discipline para médicale qui est l’Art-thérapie.

Enfin, si la qualité de vie d’une personne qui est nommée qualité existentielle, il nous reste à montrer le lien qui existe entre l’art et la qualité existentielle des personnes. Nous comprendrons mieux l’objectif premier de l’Art-thérapie qui est de revigorer, raviver ou rééduquer la bonne qualité existentielle des personnes. En cela l’Art n’a peut-être rien guéri mais il a redonné le statut de sujet à la personne malade donc il lui a redonné envie d’être heureuse.

A. Les fondements existentiels de l’être humain

Une fois conçu, l’être humain existe. Tel l’accident spatio temporel, il ne demande qu’à s’épanouir au regard de sa nature humaine. Cet épanouissement inscrit l’existence humaine dans le flux temporel. Ainsi vivre, c’est donner un sens à son existence.

Mais donner un sens, ce n’est pas donner du sens à sa vie. C’est alors que la personnalité va s’imposer comme expression de l’individualité et de l’identité des personnes. C’est l’accord entre la personnalité et l’existence qui va donner du sens à la vie humaine.

Donc le rapport entre vivre et exister est fondamental pour la qualité existentielle des personnes.

Si ce rapport peut se réaliser c’est que des conditions le permettent. Nous savons que, dès la conception humaine, un programme de développement est potentiellement réalisable. Or ce programme se réalise généralement. Cela laisse entendre qu’au-delà de ce programme qui s’impose comme un savoir c’est un principe d’auto régulation qui permet à ce savoir de réaliser le programme en conformité avec la nature humaine. Nous avons dès lors un nouvel élément en cause qui interfère sur le savoir. C’est ce que nous allons retenir sous le libellé de saveur, origine étymologique du mot savoir. Un nouveau rapport peut s’instaurer qui va impliquer le savoir et la saveur. On peut dès lors parler du goût de vivre, c’est-à-dire donner de la saveur à son existence : plus simplement ; aimer ce que l’on fait dans sa vie et aimer vivre.

Si ces propos concernent l’ensemble des êtres humains, nous constatons que  chaque personne réalise sa vie différemment. Ainsi certains choisissent le sport, les mathématiques, d’autres un métier, une religion, etc. C’est donc à ce moment de notre propos que l’Art va apparaître comme l’une des orientations de la vie humaine.

Si l’art est défini comme une activité humaine privilégiée d’expression, reste à savoir en quoi cette expression humaine est privilégiée.

B. Les fondements humains de l’art.

Si les activités humaines sont très variées, c’est grâce à cette variété que chaque personne peut épanouir sa personnalité. La variété est fondée sur la différence. Or c’est cette différence qui va caractériser les activités humaines. Ainsi le sport, la philosophie, la cuisine ne doivent pas être confondus. En ce qui concerne notre propos, prenons quelques instants pour identifier l’art et surtout mettre en évidence ce qui en fait une activité humaine originale.

L’art est connu par ses œuvres. Cela implique que les êtres humains naissent dans un contexte où l’art est directement ou indirectement présent. Ces choses artistiques qui sont dans le monde « rayonnent » d’une façon particulière parce qu’on ne les confond pas avec les autres choses. Ainsi chacun d’entre vous, en rentrant dans ce lieu, n’a pas confondu les chaises, les porte manteaux ou l’écran pour les projections avec des œuvres d’art. Cela veut dire que par leur rayonnement, les choses de l’art sont captées de façon particulière par les êtres humains. La sensorialité autant dans ses mécanismes archaïques tel que leurs rapports à l’homéostasie, que dans des mécanismes plus élaborés comme l’esthésie, est impliquée dans la détermination de la captation sensorielle des choses. C’est ce qui distingue voir et regarder entendre et écouter.

Donc certaines personnes sont à même de percevoir la particularité du rayonnement des œuvres de l’art. Cette nature de rayonnement en lien étroit avec la matérialité de l’œuvre est le rayonnement esthétique. Qu’elle soit naturelle comme pour un beau paysage ou artistique, l’esthétique implique d’abord l’être humain par la qualité du rapport qui existe entre le rayonnement de l’œuvre d’art et la captation sensorielle humaine.

C’est à cette phase de la détermination de la captation sensorielle qu’un enjeu artistique important va se jouer. En effet, soit que la nature raisonnable de l’être humain caractérisée par l’activité réfléchie et les mécanismes de la représentation s’impose à lui ; et la personne sera à même de nous dire face à l’œuvre d’art « je n’y comprends rien », soit que la nature sensible de l’être humain caractérisée par l’auto régulation sensori motrice et les mécanismes du ressenti s’impose à la personne qui sera à même de nous dire « ? ». Et bien justement, dans le cas d’une forte émotion, il n’y a rien à dire. Si le mot Beau est conventionnellement admis pour signifier une émotion artistique agréable, tout un chacun s’accordera à dire que le mot n’est pas représentatif tant de l’intensité que de la qualité de l’émotion ressentie.

C’est ainsi qu’une distinction va s’opérer entre la psychothérapie à support artistique où dominent les mécanismes de la représentation, le travail sur les contenus et images évoqués chez les personnes, le tout sous l’égide du verbal, et l’Art-thérapie où vont dominer les mécanismes du ressenti, le travail sur le bon rapport entre le savoir et la saveur, le tout sous l’égide de l’acte volontaire orienté vers l’esthétique.

Cette distinction nous permet de préciser ici la différence qui va exister entre la communication où le lien établi entre deux personnes s’effectue dans une succession : l’un après l’autre par l’entremise du verbal ou du non verbal signifiants avec possibilité de transfert ; et la relation où le lien s’effectue de façon simultanée : l’un avec l’autre par l’entremise de « l’au-delà » du verbal et du signifiant et souvent en dehors du transfert.

En cela nous venons de définir l’Art comme le vecteur privilégié de l’orientation esthétique humaine ; l’esthétique étant dans notre cadre ce qui plaît simplement.

Dès lors, un ensemble de mécanismes connus objectivement par les sciences médicales peut être au service de la subjectivité humaine ; ce que nous pourrions illustrer en ce qui concerne cette intervention par : l’art-thérapeute doit objectivement mettre en œuvre la subjectivité des patients. En cela une réelle activité para médicale va pouvoir s’instaurer par un travail thérapeutique sur les mécanismes humains défaillants et une appréciation objective des résultats obtenus.

Si l’Art vient puiser au plus profond de l’être humain, c’est tout un processus complexe qui va s’instaurer pour que l’impression devienne expression et que l’expression s’oriente vers l’art.

Aborder l’extériorisation de l’art, c’est-à-dire ses actes et ses œuvres, c’est tout naturellement aborder la qualité existentielle des personnes sensibles à cette activité. En cela la biologie, la physiologie, la psychologie et la neurologie s’imposeront comme les fondements des connaissances en sciences médicales pour l’art-thérapeute.

Si l’art est une manifestation humaine et qu’il implique un ensemble de mécanismes, nous pourrons proposer une modélisation des mécanismes impliquée dans l’activité artistique. C’est ce que nous nommons l’opération artistique.

Texte extrait de Fondements conceptuels et méthodologiques dans les enseignements universitaires français de la discipline art-thérapeutique. Par R. FORESTIER

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